fbpx

Et après ?

Publié le: mardi 28 avril 2020

Le monde s’est arrêté le 17 mars et depuis des gens meurent, d’autres soignent et luttent alors que la majorité, confinée, attend impatiemment la reprise d’une vie active et libre à défaut d’être normale.

Sens interdits, festival biennal dont la prochaine édition devrait se dérouler en octobre 2021, n’a été impacté par la crise sanitaire que dans deux domaines hors festival mais essentiels pour son activité :                                                                            
                        – dans son rôle de diffuseur par l’annulation, le lendemain de la première représentation, d’une belle tournée de 21 dates en Drôme-Ardèche et dans la Métropole Lyonnaise du spectacle Burkinabé Les Sans. La troupe et le metteur en scène, Burundais, frustrés et décontenancés ont pu rallier leur pays respectif par les derniers vols avant la fermeture des frontières. Les structures d’accueil, la comédie de Valence, le Théâtre du Point du jour ont honoré les contrats malgré l’annulation et le Théâtre de Givors a reporté les représentations sur la prochaine saison. Les artistes et l’association les en remercient vivement !
                 – dans son activité de prospection puisqu’après des voyages au Chili, en Ouzbékistan, en Sibérie, en Côte d’Ivoire entre janvier et début mars, les frontières se sont refermées brutalement sur les destinations Brésilienne et Palestinienne.

Sens interdits a donc échappé au sort de ses semblables de toutes disciplines qui, ici et partout dans le monde, ont été ou vont être contraints à l’annulation. Théâtre, cirque, art de la rue, musique, danse, cinéma, livres… aucune manifestation n’a résisté face au virus qui bouleverse tous les champs d’activité et laissera le secteur du spectacle vivant dans un état inédit : pour un temps que chacun espère le moins long possible la rencontre entre les artistes et le public est interdite sur l’ensemble de la planète !

Nous sommes bien sûr solidaires de tous les théâtres, festivals, compagnies, artistes indépendants dont l’activité a été arrêtée si brutalement.

 Les victimes les plus durement touchées seront, comme toujours les plus fragiles : le secteur associatif et notamment les compagnies dont la création en cours n’a pu être menée à son terme ou dont les représentations sont annulées et ne trouveront pas de place dans la programmation des prochaines saisons. Situation financière catastrophique et découragement des équipes artistiques risquent de rendre la reprise très difficile d’autant qu’on parle d’un retour possible du public dans les salles à partir de janvier 2021 seulement ! Le tableau est désolant : la saison 19-20 aura été amputée de 3,5 mois, la suivante risque de perdre un trimestre et chacun vise donc la saison 21-22 ! Goulots d’étranglement assurés !

C’est dire si les mois qui viennent vont être déterminants pour la survie de projets, de compagnies, de structures, de festivals qui vont devoir inventer des solidarités nouvelles, de nouveaux modes de productions, de diffusion, de nouveaux rapports au public trop longtemps assigné à résidence. Ce chantier s’ouvre dans un contexte économique mondial ravagé, des frontières fermées et des avions cloués au sol, des professionnels confinés et isolés et, en France, un climat politique incertain du fait du report des élections. Bref les handicaps sont sérieux et nombreux.

La Villa Gilet a fait du mot INCERTITUDE le socle de son programme. On ne peut mieux dire. Oui, nous entrons dans des temps incertains ! Sens interdits, à son échelle, participera activement au débat et à la nécessaire réflexion sur « l’après » avec la conviction que le maillage du territoire local d’une part et d’autre part l’international, la diversité des regards, des cultures, des esthétiques, plus encore qu’hier, seront nécessaires à la reconstruction d’une société plus juste et plus libre dans laquelle la Culture serait mieux partagée.

Et puis, parce que la vie continue, l’équipe télé-travaille et tient de nombreuses vidéo-conférences avec ses partenaires tout aussi confinés et dispersés qu’elle, et construit les grands axes de ce que devrait être la 7ème édition du festival.

Patrick Penot
Directeur